Tendances : médecine moléculaire, le marché du futur

La médecine moléculaire est une catégorie interdisciplinaire de la recherche. Son objectif est de comprendre les processus qui se produisent aux niveaux cellulaire et moléculaire chez les individus sains et malades. Les informations obtenues permettent de développer des procédures visant à maintenir la bonne santé des personnes, prévenir l’apparition de maladies, ainsi que diagnostiquer, traiter et soigner. Elle englobe aussi bien les tests ADN et les études épidémiologiques que le développement de vaccins et de thérapies géniques.

Le marché de la médecine moléculaire couvre la prévention des maladies, le diagnostic, le traitement et le soin des patients. Le présent rapport aborde les trois segments de marché qui sont à la base des procédures diagnostiques, à savoir le diagnostic in vitro le diagnostic in vivo et les systèmes d’information sur lesquels ils reposent. Les applications médicales en laboratoire impliquent le prélèvement d’échantillons de sang, d’urine et de salive, puis leur analyse. Sur le marché mondial, les diagnostics in vitro ont atteint un volume de 32,2 Md$ en 2005, selon l’institut d’étude de marché Kalorama, qui prévoit également une augmentation de ce volume de 13,4 Md$ d’ici 2010.

Pour Kalorama, le secteur des dosages d’acides nucléiques devrait connaître la plus forte croissance annuelle (plus de 16%). Ces tests permettent d’identifier les infections et servent également aux examens cytologiques, au diagnostic des maladies génétiques et à la pharmacogénomique, secteur qui étudie l’influence des facteurs héréditaires sur l’efficacité des médicaments.

Les pays industrialisés d’Amérique du Nord et d’Europe et le Japon concentrent la majorité des ventes générées par les secteurs du diagnostic moléculaire et du diagnostic in vitro, avec près de 85% des ventes en 2005. Toutefois, si les ventes en Chine et en Inde continuent de progresser au même rythme, les experts pensent qu’elles pourraient dépasser celles du Japon d’ici 2013.

En médecine moléculaire, les procédures diagnostiques reposent également sur une multitude de techniques d’imagerie partageant un même objectif : décrire les processus biologiques des organismes vivants (in vivo) aux niveaux cellulaire et moléculaire, de la façon la plus claire et la plus complète possible. Les techniques d’imagerie classiques détaillent les changements morphologiques et fonctionnels visibles uniquement à des stades avancés de certaines maladies.

Les techniques d’imagerie moléculaire les plus courantes actuellement s’appuient sur la tomographie par émission de positons (TEP), la tomographie par émission monophotonique (TEMP), l’imagerie par résonance magnétique (IRM), les dispositifs optiques (par ex., endoscopes) et les systèmes à ultrasons haute fréquence (plus de 20 MHz). Technique la plus répandue, l’imagerie TEP est, dans plus de 90% des cas, associée à la scanographie (CT) car seule, elle n’indique pas clairement l’emplacement de la pathologie. Diverses approches sont actuellement appliquées quant aux produits de contraste. Selon Bio-Tech Systems, le dérivé radioactif du glucose FDG au 18F-fluorodéoxyglucose détient toujours la plus grosse part de marché.

Le développement d’autres procédures combinées, telles que TEP/RM, et de produits de contraste plus pointus (à isotopes hyperpolarisés pour la RM, par exemple) pourrait permettre certaines avancées dans ce secteur. L’objectif de toutes ces activités reste le dépistage de maladies des stades précoces et donc souvent réversibles afin de les traiter avant l’apparition de symptômes.

Toutes ces techniques d’imagerie sont également appliquées dans les études animales. On estime à plusieurs milliers dans le monde le nombre de laboratoires les employant sur de petits animaux. Certains de ces laboratoires sont utilisés par des groupes pharmaceutiques pour accélérer le développement de nouveaux médicaments.

Le troisième segment de marché du diagnostic moléculaire concerne les systèmes d’information basés sur les connaissances, qui rassemblent des données issues des diagnostics in vitro et des techniques d’imagerie moléculaire, puis exploitent des bases de données colossales afin d’en tirer des conclusions qui aident les médecins à choisir la procédure la mieux adaptée à un cas spécifique. Selon Frost & Sullivan, le marché de ces systèmes d’aide à la prise de décision clinique (CDSS) représentait environ 240M$ dans la seule Union européenne en 2005 alors qu’il n’en est encore qu’aux premières phases de son développement. Il est donc impossible pour le moment de déterminer la part des CDSS s’appuyant uniquement sur les informations fournies par la médecine moléculaire.

La médecine personnalisée devrait gagner du terrain dans les années à venir. Une approche individualisée impliquera d’identifier la maladie à un stade très précoce et de tenir compte des antécédents médicaux du patient et de sa famille afin de choisir le meilleur traitement possible. La médecine moléculaire jouera un rôle clé, à l’instar des résultats scientifiques et des analyses coûts-avantages. Toutefois, malgré les avancées croissantes des connaissances sur le plan in vitro et les progrès constants des technologies d’imagerie médicale, la route sera longue avant d’atteindre l’objectif suprême de la médecine moléculaire, à savoir déceler et éliminer les maladies avant l’apparition de symptômes.

Auteur : Karsten Hiltawsky