Des données médicales toujours disponibles

La mise en réseau des systèmes de communication dans le domaine de la santé a réalisé d’immenses progrès. Les patients bénéficient désormais de traitements de meilleure qualité, plus rapides, plus faciles à vivre et moins onéreux.

Le dossier médical personnalisé met à disposition du médecin les informations médicales existantes, ce qui évite de pratiquer plusieurs fois les mêmes examens (ci-dessous).

Samedi soir. Une violente douleur thoracique assaille David Lucas. Sa femme dépêche à leur domicile un médecin urgentiste qui, après avoir réalisé un électrocardiogramme, préconise une hospitalisation. David est admis dans un établissement où il n’a jamais été soigné, ce qui oblige les médecins à lui faire passer de nouveaux examens afin d’établir leur propre diagnostic. Les données ainsi recueillies sont sauvegardées dans le Système d’Information Hospitalier (SIH).

Dans quelques années, médecins, pharmaciens et hôpitaux disposeront d’un système de soins intégré qui leur permettra de gérer plus rapidement ce type de situation et de diminuer le nombre d’examens. Imaginons maintenant le parcours qu’aurait suivi David si cette technologie avait été disponible… 

Grâce au dossier médical personnalisé (DMP), l’urgentiste a accès aux informations entrées par le médecin traitant – sous réserve d’une autorisation préalable du patient. Plus tard, le médecin hospitalier peut, à son tour, consulter les données du dossier en rapport avec le problème rencontré – échographies, radiographies, résultats d’analyses – et poser rapidement son diagnostic. Enfin, les conclusions saisies dans le SIH sont transférées vers le DMP. Pour accéder aux informations contenues dans le système de soins intégré, médecins et patients doivent avant tout s’identifier au sein de l’infrastructure télématique à l’aide d’une carte à puce, actuellement testée en Allemagne dans le cadre de projets pilotes. « Le système comporte un connecteur, un élément essentiel puisqu’il assure la transmission sécurisée des données ainsi que le démarrage des applications de traitement de données », indique Michael Meyer, de Siemens Medical Solutions (Med). Le connecteur envoie sous forme chiffrée les informations entrées par le prestataire de soins – médecin, hôpital – à l’infrastructure télématique.

Le DMP simplifiera également la communication entre les secteurs hospitalier et ambulatoire. « Nous avons institué des partenariats avec les principaux fournisseurs de logiciels de gestion de cabinet, tels que DOCexpert, afin de mettre à disposition des médecins libéraux et des hôpitaux une interface vers notre solution Web Soarian Integrated Care », explique Volker Wetekam, responsable du DMP et du département Global Solutions de Med. « Nous nous apprêtons à évaluer ce système global de communication et de coopération en mettant en oeuvre le DMP dans les 46 cliniques de Rhön-Klinikum AG. » Avec plus d’un million de patients soignés chaque année, Rhön-Klinikum AG est la plus importante chaîne d’hôpitaux d’Allemagne.

Une disponibilité totale des données

Le médecin traitant de David peut réserver à l’aide de son ordinateur une séance en salle de coronarographie en accédant directement à l’agenda électronique de l’hôpital le plus proche. « Auparavant, dans la plupart des cas, les cardiologues recevaient une note où le médecin traitant indiquait simplement que le patient devait subir, par exemple, une angiographie coronaire. Ils n’avaient donc que très peu d’informations en main », précise Friedrich Fuchs, cardiologue en poste chez Med. Avec la prise de rendez-vous électronique, les médecins remplissent un formulaire en fournissant des indications précises sur les antécédents médicaux du patient et joignent, via leur logiciel de gestion de cabinet, les résultats d’analyses et images dont l’hôpital pourrait avoir besoin.

Des doutes persistent quant au diagnostic à établir pour David, les radiologues de l’hôpital décident donc de recourir à l’imagerie CT. Un logiciel développé par Siemens, Fast Data Link, transmet à un serveur les vues en coupe de son cœur  au format DICOM, à une vitesse de 40 images par seconde, c’est-à-dire quasiment en temps réel – le volume d’une quarantaine d’images équivalant à peu près à un CD. À titre de comparaison, avec les procédés actuels, la vitesse de transmission des données au format DICOM ne dépasse pas 4 images par seconde. Instantanément, le logiciel syngo WebSpace, installé sur le serveur central de l’hôpital, génère une image en trois dimensions. Le médecin peut afficher ce modèle 3D depuis la quasi-totalité des ordinateurs de son établissement et solliciter, si nécessaire, l’avis d’un collègue disposant également d’un accès aux données. Beaucoup de médecins pourront également accéder aux données via un réseau sans fil. Werner Reinhold, responsable des solutions médicales chez Siemens Enterprise Communications, estime que d’ici cinq ans, 80 à 90 % des hôpitaux allemands seront équipés d’un réseau local sans fil (WLAN). À l’hôpital de Leipzig, le personnel soignant utilise déjà des Tablet PC Fujitsu Siemens Computer pour documenter les soins dispensés aux patients directement depuis leur chambre. Il s’agit d’une solution si appréciée que Med travaille actuellement à la conception de modèles stérilisables, et donc utilisables en milieu aseptisé.

Les données entrées sur les Tablet PC sont transférées vers le SIH. L’opération inverse est également réalisable : l’infirmière peut, sans quitter le chevet du patient, se procurer tous les renseignements relatifs à ses soins, ce qui limite, entre autres, le risque d’erreur de médication. Le centre hospitalier universitaire de Munich a même décidé d’équiper toutes ses salles d’opération de systèmes WLAN – il souhaitait étendre le réseau existant, mais les travaux impliquaient une mise à niveau très onéreuse du système de protection incendie. « L’utilisation des réseaux sans fil en salle d’opération nous apporte beaucoup. Lors de leur mise en place, nous n’avons eu que deux difficultés à gérer : la composition des bâtiments, car certains murs et portes sont en métal, et la forte densité de personnes inhérente à ce type de zone », indique Bernhard Pollwein, médecin- chef en anesthésie.

Au vu de l’importante quantité d’informations disponible, nul doute que les médecins auront besoin de logiciels spécifiques pour synthétiser et analyser les données de leurs patients. Soarian Quality Measures, par exemple : ce programme explore les multiples sources d’information disséminées dans les services de l’hôpital et en extrait, grâce à l’intelligence artificielle, les données médicales du patient. Il exploite pour cela la technologie « Remind » (Reliable Extraction and Meaningful Interference from Non-Structured Data), capable de lire et d’interpréter toute information textuelle ou graphique, quel que soit le format sous lequel elle se présente.

Soarian Quality Measures fonctionne selon le même mode que les solutions d’aide au diagnostic, qui analysent automatiquement des enregistrements graphiques pour produire des diagnostics. « Aux États-Unis, depuis que des études ont prouvé que ces solutions amélioraient la qualité du diagnostic, certains vont jusqu’à les utiliser comme deuxième avis, par exemple dans le domaine de la mammographie », ajoute Friedrich Fuchs. Soarian Quality Measures pourra, de la même façon, contribuer à l’optimisation des soins médicaux.

Des soins apportés via un téléviseur

David est sorti de l’hôpital. Aussitôt, son médecin traitant prend le relais des soins. Les informations essentielles sur son séjour à l’hôpital figurent dans son DMP. Et s’il habitait la région de Madrid, il pourrait, de surcroît, bénéficier des avancées de la télémédecine. En effet, dans le cadre du projet pilote AmIVital, on y développe des procédés visant à surveiller à distance malades et personnes âgées dépendantes en matière de soins. Cette technologie met en œuvre, entre autres, des capteurs chargés de contrôler les fonctions vitales. « L’objectif est de permettre aux patients de rester autonomes et de vivre dans leur environnement habituel, en dépit de leur maladie », affirme Luis Reigosa, chef du projet chez Med Espagne. Les données médicales sont transmises au médecin ou à l’hôpital, par exemple via un téléphone portable. Les consultations à distance se déroulent, quant à elles, par le biais du téléviseur du patient : ainsi, le médecin a la possibilité de lui transmettre un formulaire, qu’il remplit à l’aide d’une télécommande spécialement conçue à cet effet. Ce mode de communication entre soignant et soigné constituera, un jour, une composante à part entière du système de soins intégré.

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Auteur : Michael Lang