Boom dans les systèmes de sécurité informatiques

La sécurité publique étant devenue un sujet de préoccupation majeur, on assiste depuis quelques années à une nette augmentation de la demande en technologies de sécurité. Dans les aéroports, les gares et les bâtiments commerciaux, les normes de sécurité ont été revues à la hausse : une tendance confirmée par l’explosion du marché des systèmes de contrôle d’accès et des solutions biométriques d’identification vocale et faciale ou de reconnaissance des empreintes digitales.

Les équipements de vidéosurveillance utilisés dans les métros se généralisent également. En outre, la multiplication des technologies numériques dans notre vie quotidienne et les mesures de plus en plus sophistiquées pour protéger les données professionnelles sensibles génèrent une demande colossale de solutions contre l’usurpation d’identité. Enfin, diverses technologies de sécurité sont utilisées pour les processus d’authentification et de transaction dans le domaine des services bancaires en ligne et par téléphone et pour offrir une protection contre la contrefaçon de médicaments.


Noyée dans ses préoccupations liées à la sécurité et à la sûreté des données, notre société de l’information a inspiré aux analystes de l’Institut d’économie internationale de Hambourg et à la banque Berenberg une étude intitulée « Security Industry – Strategy 2030 ». D’après cette étude, le marché mondial des services de sécurité représentera231 milliards de dollars d’ici 2015, soit le double de son niveau de 2005. L’institut de recherche américain IDC escompte également un fort taux de croissance du marché des produits de sécurité dans les années à venir, une prévision légèrement revue à la baisse en raison de la crise financière. Dans son étude de marché « Worldwide Security Products 2008-2012 : Post-crisis », IDC envisage une baisse des taux de croissance de 13,2 en 2008 à 9,8 % en 2009, avant un léger rebond à environ 10,3 % en 2010. D’après Brian E. Burke, analyste chez IDC : « Les produits de sécurité représenteront toujours la plus forte demande de technologies informatiques en 2009, notamment parce que les entreprises devront se conformer aux législations européennes et internationales ». Il pense également qu’à partir de 2010, les nouvelles exigences en matière de protection des données et les réglementations plus strictes encadrant les rapports financiers généreront une hausse considérable des dépenses des entreprises en solutions de sécurité.

Les analystes de Celent, un cabinet de conseil international, s’attendent à une forte progression du marché des services bancaires en ligne et par téléphone mobile en Europe de l’Ouest. Aujourd’hui, dans cette zone, seulement 6 % des clients utilisent le « mobile banking », un chiffre qui devrait atteindre 25 % d’ici 2010. Mais cette évolution pourrait engendrer de sérieux désagréments pour nombre d’usagers. En Allemagne, le Bitkom (Association allemande des entreprises du secteur des nouvelles technologies, des télécommunications et des nouveaux médias) a enregistré une hausse de25 % des utilisations non autorisées de codes PIN entre 2006 et 2007, ainsi que des fraudes monétaires d’un montant de 19 millions d’euros pour la seule année 2007. Autre problème majeur lié aux services bancaires en ligne : le phishing. Des pirates envoient un email contenant un programme malveillant qui s’installe sur l’ordinateur de l’utilisateur. Il collecte discrètement les codes PIN, puis les envoie aux fraudeurs. Il peut également tromper l’utilisateur en le dirigeant vers un site factice de services bancaires l’invitant à transférer des fonds. En décembre 2007, l’initiative anti-phishing APWG a recensé plus de 25 000 attaques par mois. Parallèlement, une série d’études réalisées par le cabinet Forrester en 2008 sous le nom « Banking IT in 2023 », prévoyait une généralisation de l’utilisation de terminaux mobiles pour les opérations bancaires. Pour Jost Hoppermann, Vice-Président de Forrester, il sera crucial de combiner deux processus d’authentification, par exemple, une reconnaissance des empreintes digitales et un mot de passe.

Grâce aux étiquettes d’identification par radiofréquence (RFID), les « veilleurs numériques » assurent également une protection contre la contrefaçon des produits. Entre 2006 et 2016, les ventes de produits RFID en Allemagne devraient augmenter en moyenne de 19 % par an, c’est-à-dire passer de plus de 1,1 milliard à 16 milliards d’euros. Et selon une estimation de Deutsche Bank Research, dans une étude intitulée « RFID chips: Enabling the efficient exchange of information », les taux de croissance annuels dans le monde pourraient atteindre 25 %. « Le transport de marchandises et la logistique associée représentent les principaux domaines d’application. L’utilisation de puces sur des médicaments coûteux ou de confort se développe également », explique Stefan Heng, analyste chez Deutsche Bank Research.


Les firmes pharmaceutiques équipent les lots de médicaments d’étiquettes RFID et de certificats d’authenticité électroniques. Un pharmacien peut ainsi rapidement vérifier l’authenticité d’un médicament à l’aide d’un lecteur. D’après le cabinet IDTechEx, le marché des équipements RFID destinés aux secteurs de la santé et pharmaceutique devrait passer de 20 millions de dollars en 2008 à plus de 400 millions en 2018 : une explosion due à l’augmentation exponentielle du nombre de médicaments contrefaits depuis quelques années. Les douanes ont révélé la saisie de 2,7 millions de médicaments de contrefaçon en 2006, 51 % de plus en 2007 et 34 millions en seulement 2 mois en 2008, dans le cadre d’une opération menée à l’échelle européenne. « Alors qu’il n’était constitué que de niches presque isolées il y a encore quelques années, le marché des technologies de sécurité est devenu un secteur à part entière, caractérisé par son effervescence, ses applications high-tech et sa croissance dynamique », commente Wolfgang Pflüger, économiste à la banque Berenberg. Et le potentiel est encore énorme.



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Auteur : Nicola Wohllaib