Le générateur d’idées

Depuis presque vingt ans, Charles Coushaine invente des applications innovantes pour les lampes halogènes et les diodes électroluminescentes.

« D’où viennent les idées ? Bonne question ! », s’exclame Charlie Coushaine, inventeur, dans son bureau de Rindge, dans le New Hampshire. Etalées devant lui, des petites ampoules halogènes pour phares de voiture, des lampes à diodes électroluminescentes (LED) pour véhicules et des LED pour porte-clés, pour la cuisine et même pour la douche.

lampes à diodes électroluminescentes (LED

« C’est sûr, il faut avoir l’esprit ouvert aux idées neuves », explique Charlie Coushaine, l’un des inventeurs les plus féconds de chez Osram Sylvania, une filiale d’Osram basée à Danvers, dans le Massachusetts. Depuis presque 20 ans, d’abord sur le site d’Hillsboro, dans le New Hampshire, puis dans le Massachusetts, il développe des lampes halogènes et des systèmes à LED pour la voiture et pour la maison. Parmi ses créations, il y a la première lampe halogène standardisée pour phares de voiture et une lampe à LED pour la douche.

Après un diplôme de génie mécanique obtenu dans les années 1980 à la Northeastern University de Boston, il travaille pour une entreprise spécialisée dans les automatismes. En 1988, il rejoint Sylvania, reprise en 1993 par Osram, filiale de Siemens. Sa première mission : concevoir un équipement automatisé ultra-rapide pour l’assemblage des ampoules. En 1993, l'entreprise cherche des volontaires pour concevoir un nouveau mécanisme pour des phares de voiture orientables. Charlie Coushaine répond présent, par besoin d’explorer de nouvelles voies. « Il faut prendre des risques de temps en temps », estime-t-il.

Sa plus grande réussite est sans doute la mise au point de Joule, un système de phares arrière à LED, également le tout premier dispositif à LED standardisé pour l’automobile. Pour développer ce système très performant, Charlie Coushaine a travaillé en équipe. Tous les éléments du dispositif (cavité réfléchissante, cristal semi-conducteur, câblage, gaine et douille) sont associés de façon à optimiser le rendement et l’efficacité. « Cette approche systématique a été finalement la plus grande innovation née du projet Joule », résume Charlie Coushaine.

Comme toutes les LED, le système Joule produit un rayonnement très intense, s’allume instantanément, a une longue durée de vie et consomme peu. D’autre part, ayant été standardisé sur le principe du « plug and play » (prêt à l'usage), il a pu être aisément mis en œuvre sur un grand nombre de gammes de voitures. La seconde génération de phares arrière Joule, donnant une plus grande luminosité avec des diodes plus petites, est aujourd’hui produite à grande échelle. Ces phares sont utilisés sur de nombreux véhicules du monde entier, notamment la Ford Mustang et des modèles d’Audi, de BMW et de Volkswagen. En 2007, Charlie Coushaine et son équipe ont reçu le Prix de l’innovation Osram pour le système Joule.

L’expertise de Charlie Coushaine dans le domaine des LED était bien connue au sein de l’entreprise, avant même qu’il ne reçoive le prix. Quelques années avant la fin du projet Joule, un collègue du service marketing lui demande s’il peut concevoir une lampe à LED adhésive que l’on pourrait accrocher où l'on veut dans sa voiture. Les enquêtes réalisées auprès des consommateurs avaient mis en évidence un marché potentiel pour ces appareils. Charlie Coushaine accepte, bien qu’il n’ait pas le temps de prendre en charge de projet supplémentaire. Il parvient toutefois à concevoir la lampe, en travaillant le week-end. Cet objet fait maison est devenu le « Dot-It », une petite lumière ronde que l’on allume et éteint en appuyant brièvement sur sa surface. Aujourd’hui, des millions d’exemplaires de ce produit ont été vendus dans le monde. Charlie Coushaine y a travaillé pendant plusieurs années, parallèlement au projet Joule. « Je travaille toujours sur plusieurs projets à la fois », explique-t-il. En 2006, il a reçu le Prix Osram Star, notamment pour la conception intelligente du « Dot-It », dont il détient le brevet.

Brainstorming créatif

Après le succès du système « Dot-It », Osram Sylvania crée le « New Ventures Group », chargé de concevoir des produits d’éclairage à usage domestique, et demande à Charlie Coushaine d’en faire partie. Pour lui, cela impliquait de passer à la conception et au développement de produits à base de LED pour le marché grand public. « Depuis ce changement, je ne passe généralement pas plus de deux ou trois mois sur chaque projet. C’est bien plus ludique : je peux me défouler de façon créative », indique-t-il.

Charles Coushaine
Charles Coushaine, 50 ans, a joué un rôle crucial dans le succès fulgurant des diodes électroluminescentes (LED). Il a même inventé une lampe à LED pour les douches mal éclairées, alimentée par l’écoulement de l’eau.

Il commence en général par concevoir un modèle sur ordinateur, souvent chez lui, puis en parle avec son équipe. L’ébauche est alors envoyée, avec des spécifications fonctionnelles détaillées, à des sous-traitants en Chine, qui fabriquent l’appareil, souvent en modifiant la conception d’origine. « Ce n'est pas surprenant ; ils sont experts en fabrication et font souvent des modifications de conception ; nous y sommes ouverts, tant que la fonctionnalité spécifiée ne change pas. Ils apparaissent même comme co-auteurs sur certains brevets », explique Charlie Coushaine.

Laissant libre cours à sa créativité, notre inventeur est parvenu à des solutions surprenantes : un chemin de table à éclairage à LED, des lampes de poche à LED pliables, et même une lampe à LED intégrée à une pomme de douche. Cette dernière invention répond au fait que, dans nombre de logements, la douche est mal éclairée. La solution imaginée par Charlie Coushaine produit de l’électricité au moyen d’une petite génératrice actionnée par une micro-turbine, mise en mouvement par l’écoulement de l’eau.

Une lampe à LED avec haut-parleur

Charlie Coushaine a ainsi 159 inventions à son actif, et détient 184 brevets et 59 familles de brevets. Et les idées continuent d’affluer, comme cette lampe à LED à haut-parleur intégré, sur laquelle on peut transférer de la musique sans fil, comme avec un lecteur MP3. « Les chaînes de magasins ont déjà manifesté leur intérêt ; on pourrait, par exemple, jouer une musique différente dans les cabines d’essayage pour hommes et pour femmes », prévoit-il. Parmi ses autres idées, on compte aussi un carillon éolien à piles éclairé par LED et un appareil pour stériliser les planches à découper à l’aide de rayons ultraviolets.

D’où viennent toutes ces idées ? « De partout », explique en souriant Charlie Coushaine, nommé ‘Inventeur de l’année’ par Siemens en 2010. « Elles naissent lors de conversations autour d’une table, dans la salle de bain, au cours de discussions informelles avec des collègues… et bien sûr aussi des supérieurs et des enquêtes clients. »

Même lorsqu’il part en randonnée, Charles Coushaine a de nouvelles idées. Il est passionné de « geocaching », une sorte de chasse au trésor guidée par GPS, ouverte à tous les âges, dans laquelle divers objets sont cachés et leurs coordonnées publiées sur Internet. Mais il ne suffit pas de trouver l’endroit : une fois sur place, il faut trouver le petit coffre lui-même, parfois caché dans un arbre ou sous un pont. « Nous avons nous aussi caché une boîte près de chez nous. Le thème de la boîte, remplie de petits objets, est naturellement ‘la lumière’ », confie Charlie Coushaine.

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Hubertus Breuer