Afrique du Sud : prête pour le coup d’envoi

En Afrique du Sud, la Coupe du monde de football 2010 a donné lieu à des investissements massifs en infrastructures. Liaison ferroviaire, centrale à accumulation, éclairage éco-efficace et retransmission des événements sportifs : la technologie et le savoir-faire Siemens sont à l’honneur.

Le stade Moses Mabhida de Durban est un modèle de rendement énergétique, notamment grâce à ses LED Osram, qui consomment 20 % d’énergie de moins que l’éclairage traditionnel

Tshepo Maseko, acteur de la série télévisée Isidingo, déguste son cocktail au News Café Sandton, son bar préféré, la clé de sa BMW posée devant lui. Avec son bolide, il traverse les interminables embouteillages de Johannesburg plus vite que les autres automobilistes. « Rien à voir avec le moteur plus puissant. L’astuce, c’est de prendre le bon raccourci au bon moment ».

La démesure de Johannesburg, « Jo’burg » comme la surnomment les Sud-africains, frappe parfois le comédien – trop de monde, trop peu d’arbres, trop de pollution – mais elle n’entache pas son admiration pour cette ville qui l’a vu naître, la plus grande d’Afrique du Sud : « Je ne voudrais pas vivre ailleurs. La diversité des gens, de la musique, des ambiances… Cette ville bouillonne. Je l’adore ». Tshepo Maseko a grandi dans le « township » de Soweto, pris des cours d’art dramatique, puis tracé sa route. Le feuilleton dans lequel il joue est un kaléidoscope de la société sud- africaine qui prône l’unité malgré le lourd héritage de l’apartheid, l’épidémie de SIDA et l’écrasante inégalité économique. Certains téléspectateurs, moins favorisés que l’acteur, rêvent sans doute d’imiter son parcours.

De nombreux jeunes Sud-africains instruits viennent en effet s’installer à Johannesburg dans l’espoir, à l’instar des chercheurs d’or du 19e siècle, de trouver du travail et se forger un brillant avenir. Avec l’épuisement des gisements d’or, autrefois principale richesse exportée du pays, la ressource du futur est désormais, pour beaucoup, l’éducation. Et pour obtenir un bon poste, certains sont même prêts à quitter les plages d’une autre métropole nationale : Le Cap.

Mais la croissance démographique qui en résulte a un coût. L’expansion de Johannesburg semble incontrôlable. Il se pourrait même que d’ici 5 ans, la ville converge avec Pretoria, la capitale, pour former une agglomération de près de 15 millions d’habitants. Dans ces métropoles, le transport public est rare et, de toute façon, évité par la population car souvent inadapté et associé à un fort taux de criminalité. La situation est toutefois amenée à changer avec les investissements colossaux en infrastructures réalisés dans le cadre de la Coupe du monde de football et conçus pour améliorer le niveau de vie des Sud-africains à long terme.

En investissant dans des systèmes de régulation et d’information, l’Afrique du Sud compte renforcer l’attractivité du transport ferroviaire.

De la route au rail

Kevin Pillay, Directeur de Siemens Mobility, en charge du suivi et de la gestion du client Metrorail, l’exploitant du réseau de trains de banlieue de Johannesburg, est persuadé que la situation va s’arranger. Les systèmes d’information auprès du public des principales gares, dont Siemens a assuré la conception, la mise en œuvre et l’intégration, ont été remodelés juste à temps pour la Coupe du monde. « Les solutions modernes de signalisation, d’annonce et d’information que nous installons amélioreront non seulement l’efficacité du réseau, mais également sa fiabilité, sa sécurité et son attractivité », souligne Kevin Pillay. « Nous espérons que les habitants se tourneront davantage vers le train après l’événement sportif. Il faudrait que le trafic ferroviaire prenne le pas sur la circulation routière ».

Ainsi, alors que Metrorail exploite les voies et trains existants, le projet Gautrain prévoit pour sa part la construction d’une ligne inédite sur le continent africain, reliant Pretoria à Johannesburg via des rails d’un écartement standard, plus large que celui couramment employé en Afrique du Sud.

La portion entre l’aéroport international de Johannesburg et le quartier d’affaires de Sandton sera fin prête pour le coup d’envoi de la Coupe du monde. « Pour garantir la fiabilité du système de données Gautrain, notre équipe a posé 3 000 km de câbles à fibre optique le long des voies, notamment à des fins de commande de la signalisation », explique Martin Venter, ingénieur système chez Siemens Industry, au moment où un train en test de fonctionnement passe à près de 160 km/h.

« Si les liaisons de données venaient à se rompre, toute la ligne s’arrêterait », précise Ray Holmes, responsable système du client. « C’est pour cette raison que nous avons choisi Siemens. Nous connaissons et apprécions cette société pour l’extrême fiabilité de ses solutions, en particulier s’agissant d’applications critiques comme celle du projet Gautrain ».

Le réseau de données à fibre optique Siemens est un système de transmission ouvert (OTN, Open Transport Network), où les câbles formant un anneau assurent le flux de données dans les deux sens. Un second anneau garantit la disponibilité du système en cas de panne. L’installation de cette solution présente un surcoût, mais les frais d’exploitation associés devraient s’avérer sensiblement inférieurs à ceux d’un système Ethernet, par exemple.

Paradis de l’énergie verte

L’Afrique du Sud souhaite également réduire ses émissions de CO2. John Hazakis, responsable local des solutions énergétiques et des énergies renouvelables chez Siemens, est convaincu que les énergies vertes doivent – et peuvent – s’affirmer à l’avenir dans ce pays comme un complément aux combustibles fossiles. « Énergie éolienne, hydraulique, solaire… Quelle que soit la source renouvelable envisagée, l’Afrique du Sud possède les conditions naturelles pour la mettre en oeuvre », insiste-t-il.

Le développement de ces ressources requiert, toutefois, une volonté politique et une prise de conscience de la part des consommateurs car les tarifs extrêmement faibles de l’électricité en Afrique du Sud, équivalant à 3 centimes d’euro par kilowattheure, devraient sensiblement augmenter. Ainsi, les côtes ouest et sud du pays, à proximité de Port Elizabeth et du semi-désert intérieur du Karoo, constitueraient des sites parfaits pour l’implantation d’éoliennes. Une centrale électrique à accumulation par pompage d’une capacité de 1 330 MW est en cours de construction dans l’est, dans les montagnes du Drakensberg, sous la responsabilité de Voith, et en partenariat avec Siemens, et pourrait servir un jour au stockage de l’énergie au sein d’un réseau intelligent sudafricain. Quant à l’énergie solaire, l’Afrique du Sud bat des records d’ensoleillement, alors les applications thermosolaires et photovoltaïques devraient avoir de beaux jours devant elles.

« Si nous prenons tous la bonne direction, les sources d’énergie renouvelables pourraient satisfaire un dixième de la demande nationale en électricité avant la fin de la décennie », remarque John Hazakis.

Par ailleurs, l’Afrique du Sud doit s’empresser d’augmenter sa capacité globale de production électrique. En effet, si la crise économique n’avait pas entraîné une baisse de l’activité et de la demande en électricité, la Coupe du monde 2010 aurait pu connaître de graves coupures de courant. En 2007 et 2008, pour pallier cette déficience notoire, une commande de 10 GW de capacité de base supplémentaire a été passée. Les nouvelles centrales électriques, telles que celles implantées au Cap et à Mossel Bay, utilisent des turbines à gaz Siemens. En outre, les dix stades du Mondial sont éclairés par des lampes à économie d’énergie fournies par Osram.

Avec ses milliers de LED, sa capacité d’accueil de 70 000 spectateurs et son arche de 350 m de long haute comme un immeuble de 30 étages, le stade Moses Mabhida de Durban est vraiment impressionnant. De nuit, ses éclairages sont visibles à des kilomètres tout en restant extrêmement éco-efficaces. Ses LED Osram consomment en effet environ 20 % d’énergie de moins que les autres solutions pour un même rendement lumineux.

Du high-tech partout

Les technologies Siemens accompagneront les 3,5 millions devisiteurs attendus pour la Coupe du monde à chaque étape de leur séjour, et ce, dès leur arrivée à l’aéroport. Leurs passeports seront passés au scanner au niveau du contrôle douanier et automatiquement comparés avec le fichier des visas grâce à un système intégré par Siemens. Au palais des congrès de Sandton, l’un des hauts lieux de l’événement, les solutions de gestion technique des bâtiments Siemens offriront une structure de communication fiable. Et puis, Siemens équipe actuellement deux studios de télévision de matériel de pointe que la SABC (South African Broadcasting Corporation), la principale compagnie de radio et de télévision du pays en charge de la retransmission des matchs du Mondial dans le monde entier, pourra par la suite facilement intégrer à un nouveau concept technologique.

« En tant que partenaire technologique, nous conseillons la SABC sur les solutions répondant le mieux aux exigences de son réseau et sur les méthodes d’intégration économiques. Nous ne fournissons pas de matériel Siemens : nous transmettons notre savoir-faire », indique Klaus Pachner, chef de projet chez Siemens IT Solutions and Services, en se dirigeant vers le Studio 6 qui, à première vue, ressemble à un magasin de meubles ! Des canapés, des tables et des armoires y forment de petites alcôves, et un visage familier apparaît : Tshepo Maseko. Sa série « Isidingo » est en plein enregistrement dans ce studio qui fait figure de deuxième maison pour l’acteur, quoique semé d’embûches ! « Attention, ils raccrochent les lampes et quelque chose pourrait tomber du plafond. Tant que nous n’avons pas d’équipement neuf, notamment d’éclairage, nous faisons avec ce que nous avons », dit-il. « C’est une solution typiquement africaine ! S’il y a bien une chose que j’ai apprise de la pauvreté du township, c’est l’optimisme, ou comment, avec un peu de volonté, on peut transformer le négatif en positif », ajoute-t-il en riant.

Mais Tshepo Maseko est certain que l’organisation de la Coupe du monde en Afrique du Sud ne relèvera pas de l’improvisation : « Nous allons montrer au reste du monde ce dont nous sommes capables. Et s’il est un point qui rassemble tous les habitants de ce pays, c’est sans conteste le sport. Vous verrez tous les Sud-africains s’unir autour de cet événement, quelles que soient la couleur de leur peau et la marque de la voiture qu’ils conduisent ».

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Auteur : Andreas Kleinschmidt