Lisbonne : une énergie tombée du ciel

À Lisbonne, plus de 10 % de l’électricité provient de sources d’énergie renouvelables, telles que le vent et le soleil. La ville s’engage également à réduire les émissions des véhicules et étendre son réseau de transport public avec l’aide de solutions Siemens.

À Lisbonne, le nouveau tramway Siemens (à gauche) côtoie les anciennes rames. Et pour ses besoins électriques, la ville se tourne désormais de plus en plus vers le solaire et l’éolien.

La nuit commence tard à Lisbonne… mais se prolonge d’autant. Chaque soir, la foule flâne dans les ruelles du Bairro Alto, qui résonnent des rires s’échappant des fenêtres des restaurants et appartements, ouvertes été comme hiver. Les rues représentent le centre névralgique de la capitale portugaise, même si la température y est souvent inférieure à 10 °C l’hiver. Dépourvus de chauffage central, la plupart des habitations et autres bâtiments ont recours à des radiateurs d’appoint électriques qui réchauffent l’intérieur comme l’extérieur des bâtiments.

« Les mentalités doivent changer », reconnaît José Delgado Domingos, moins préoccupé par le tempérament festif de ses concitoyens que par leur comportement envers la préservation de l’énergie. José Delgado Domingos dirige l’agence environnementale municipale Lisboa E-Nova, qui organise l’avenir éco-efficace de la métropole depuis ses bureaux situés non loin du Bairro Alto.

D’une population d’environ deux millions d’habitants, Lisbonne s’efforce d’étendre son réseau de transport public afin de réduire le flot de véhicules (près de 400 000) qui y accèdent chaque jour, notamment par le pont traversant le Tage.

La ville a mis en œuvre des initiatives de promotion de la préservation de l’énergie et est en passe d’installer quelque 300 bornes de recharge de voitures électriques d’ici fin 2010 et 700 d’ici fin 2011. Un nombre démesuré de résidents de la capitale prennent, en effet, leur voiture pour se rendre au travail, favorisant les émissions de gaz à effet de serre. Lisbonne rejette ainsi 7,5 tonnes de CO2 par an et par habitant, un niveau supérieur à la moyenne relevée dans les villes passées au crible de l’« European Green City Index » (Indice des villes vertes en Europe).

Cependant, pour une proportion croissante d’automobilistes, les trajets deviennent plus agréables et plus écologiques. La métropole s’est dotée d’un tramway électrique il y a bientôt 110 ans (1901), mais les touristes semblent être les seuls à apprécier la balade tonitruante à travers le Bairro Alto sur les vieilles voies étroites. Sur la rive sud du Tage, cependant, le tramway ultra moderne en dit long sur les perspectives de rendement énergétique et d’économies offertes par le réseau de transport public.

Dans cette partie de la ville, 24 rames Combino construites par Siemens relient la banlieue sud de Lisbonne à la gare de Pragal via trois lignes d’une longueur totale d’environ 20 km. Les usagers peuvent ensuite prendre un train régional, qui traverse le Tage et les mène rapidement en centre-ville, et ainsi éviter les embouteillages systématiques sur le pont. Le projet Siemens, prévoyant les rames, le circuit électrique, la signalisation, le poste de contrôle, le système d’information des passagers et la gestion de projet, est conduit par Herbert Seelmann, de Siemens. Le prix du ticket est de seulement 80 centimes d’euro car le système est encore subventionné. Mais dès que la fréquentation quotidienne dépassera la barre des 90 000 voyageurs, ce qui prendra sans doute encore quelques années, le système sera rentabilisé et n’exigera plus de fonds publics.

En attendant, les urbanistes songent à prolonger les lignes, notamment jusqu’au grand aéroport qui devrait voir le jour dans le sud de Lisbonne.

Les ingénieurs de Siemens testent également un tramway futuriste dans un dépôt de la station terminus. Il s’agit d’un prototype équipé de super-condensateurs qui utilisent l’énergie de freinage pour se recharger, puis stockent provisoirement cette énergie avant de la libérer lorsque le tramway accélère. Ce système novateur exploite également des batteries rechargeables permettant aux rames de parcourir de courtes distances sans contact avec des lignes aériennes, ce qui s’avère extrêmement utile en cas de coupure de courant, mais surtout épargne l’installation de ce type de lignes dans des zones où elles défigureraient le paysage.

Même si ce tramway ne fonctionne pas au gazole, il n’en reste pas moins qu’il exige la production d’électricité. Et en la matière, le Portugal se révèle étonnamment écologique en générant une part croissante de son énergie via des éoliennes onshore. Ces dernières, dont la capacité combinée s’élève déjà à près de 2 GW, sont pour la plupart dotées de turbines Siemens. À Sabugo, à quelques kilomètres de Lisbonne, Siemens fabrique les composants clés de turbines installées dans 26 pays. Ce site fabrique des transformateurs particulièrement compacts et robustes, destinés à des nacelles d’éoliennes perchées à plus de 60 m de haut et donc très difficiles d’accès pour la maintenance.

Le Roi Soleil

Parallèlement à l’éolien, le Portugal est déterminé à investir massivement dans le solaire. Différentes mesures d’incitation en faveur des systèmes photovoltaïques permettent aujourd’hui à des particuliers de percevoir 60 centimes d’euro par kilowatt - heure d’électricité généré par leurs cellules solaires de toit, et à de grands producteurs d’en obtenir 30 centimes. Tecneira, fournisseur d’énergie éolienne, gère également l’un des 10 principaux parcs solaires du pays, dans l’Alentejo, au sud de Lisbonne, une région de pâturages à moutons où les olives mûrissent au soleil depuis des milliers d’années.

Depuis fin 2009, l’Alentejo a toutefois revu sa façon d’exploiter l’énergie du soleil. Désormais, 45 440 panneaux solaires s’y alignent à perte de vue. L’installation photo - voltaïque de 10 MW est capable de subvenir aux besoins électriques de 8000 personnes. Siemens en a fourni les onduleurs, qui transforment le courant continu en courant alternatif, et l’équipement de commande. Cette nouvelle source d’énergie verte semble faire renaître cette région rurale progressivement délaissée par les jeunes au profit des grandes villes du pays, comme Lisbonne.

L’énergie renouvelable est également emblématique de ces nouveaux secteurs créateurs d’emplois qui permettent, en outre, de rajeunir les campagnes, malgré le pouvoir attractif des bars et discothèques du Bairro Alto ! Ce sont désormais les éoliennes côtières qui électrisent de plus en plus la vie nocturne de la capitale portugaise, grâce au vent frais de l’Atlantique qui souffle fort le soir, lorsque le soleil se couche et que les panneaux solaires de l’Alentejo se mettent en veille.

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Auteur : Andreas Kleinschmidt