Villes vertes d’Europe

L’European Green City Index (Indice des villes vertes en Europe), une étude menée par l’Economist Intelligence Unit en coopération avec Siemens, compare les performances environnementales de 30 villes européennes. Copenhague, la capitale du Danemark, arrive en tête.

Championne des économies d’énergie et de la protection du climat, Copenhague a été sacrée ville la plus verte d’Europe. Elle vise le zéro CO2 à l’horizon 2025.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la moitié de la population mondiale vit en ville. En Europe, où l’urbanisation est encore plus avancée, 72 % des habitants sont des citadins. Cette situation est lourde de conséquences pour l’environnement : les centres urbains sont responsables de 75 % de la consommation énergétique mondiale et de 80 % des émissions de gaz à effet de serre générées par les activités humaines. Les villes ont donc un rôle majeur à jouer dans la lutte contre le changement climatique. Mais comment assument-elles cette responsabilité ? Cette question nous a incités à nous pencher sur les grandes métropoles européennes. Comment préservent-elles les ressources ? Comment s’efforcent-elles de limiter les atteintes à l’environnement, réduire les émissions de CO2 et rendre la ville plus agréable à vivre ? Quels sont les projets exemplaires en matière de protection environnementale ?

Pour tenter de répondre à ces questions, Siemens a demandé à l’Economist Intelligence Unit (EIU), un cabinet de recherche et de conseil et les aide à définir les actions prioritaires à mener dans le domaine environnemental ». Mais cette étude permet aussi aux villes de partager leurs « bonnes pratiques ». Qu’il s’agisse de la plus grande centrale à biomasse d’Europe à Vienne, du parc éolien le plus moderne du continent au Danemark, du système incitatif de loterie visant à encourager le tri des déchets à Ljubljana, des vélos en libre-service à Paris, des décharges d’ordures alimentant en méthane une centrale électrique à Istanbul ou des bus équipés de systèmes permettant aux feux de passer plus vite au vert à Tallin, tous ces projets peuvent servir de modèles aux autres villes.

Les principaux résultats de l’étude

Copenhague

Copenhague est la ville la plus verte d’Europe. La capitale danoise, qui a accueilli en décembre 2009 la 15e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, réalise de très bons scores dans les huit catégories. La deuxième place au classement général revient à Stockholm, la troisième à Oslo, suivi de Vienne et Amsterdam.

Les villes scandinaves

Les villes scandinaves arrivent en tête de l’Index. Ce n’est guère une surprise compte tenu de l’intérêt qu’elles portent depuis des années à la protection de l’environnement. Dans les pays scandinaves, où le niveau de vie est supérieur à la moyenne, les villes investissent massivement dans la protection de l’environnement. Ici, les bâtiments à haute performance énergétique, les réseaux de transport public très développés et la production d’énergie à partir de sources renouvelables, comme l’éolien ou l’hydraulique, sont déjà monnaie courante.

L'Europe de l’Est

Les villes d’Europe de l’Est tirent moins bien leur épingle du jeu.

La ville la mieux notée, Vilnius, capitale de la Lituanie, n’occupe que la 13e place au classement général. Ce résultat s’explique en grande partie par un PIB comparativement moins élevé et un lourd héritage historique. Durant l’ère communiste, la protection de l’environnement était en effet loin d’être une priorité. La forte consommation énergétique des bâtiments et la vétusté des infrastructures en témoignent. Dans le secteur des transports publics, en revanche, les villes est-européennes obtiennent généralement des scores supérieurs à la moyenne. Kiev, bien que dernière du classement, compte le plus grand nombre d’habitants utilisant chaque jour les transports en commun pour se rendre au travail.

Oslo

Oslo décroche la première place dans les catégories Emissions de CO2 et Energie.

La capitale norvégienne profite ici de son usage intensif de l’énergie hydroélectrique. La part des énergies renouvelables représente déjà 65 % de l’énergie consommée à Oslo. La ville ambitionne par ailleurs de réduire de 50 % ses émissions de CO2 d’ici 2030 et encourage la diffusion du chauffage urbain et des véhicules hybrides et électriques. Grâce à une taxe locale sur l’électricité, Oslo finance également un fonds pour le climat et l’énergie, qui a permis de soutenir de nombreux projets d’amélioration de l’efficacité énergétique au cours des 20 dernières années.

Berlin

Dans la catégorie Bâtiments, Berlin est premier ex aequo avec Stockholm.

Au lendemain de la réunification, Berlin a modernisé une grande partie de son parc immobilier selon des normes d’efficacité énergétiques sévères. Aujourd’hui, les bâtiments rénovés économisent jusqu’à 1,5 tonne de CO2 par an. Pour ses bâtiments publics, la ville a mis en place un programme de partenariat énergétique avec des entreprises privées, auquel participe Siemens. Ces entreprises assument le financement de la modernisation et sont rémunérées sur la base des économies réalisées. Stockholm se distingue de son côté par des directives exemplaires en matière d’efficacité énergétique et la construction de maisons et de quartiers résidentiels à très faible consommation d’énergie. Malgré le climat froid de la ville, ces maisons consomment au total moins de 2 000 kWh par an.

Stockholm

Stockholm caracole également en tête dans la catégorie Transports.

Grâce à un réseau très dense de pistes cyclables, 68 % des habitants de la ville se rendent à leur travail à vélo ou à pied (c’est trois fois plus que la moyenne des autres villes européennes), tandis que 25 % utilisent les transports publics. La capitale suédoise fait en outre appel aux technologies les plus modernes pour ses transports publics locaux, comme les bus roulant au bioéthanol ou les systèmes de régulation intelligents pour fluidifier le trafic.

A Stockholm, 68 % des habitants se rendent à vélo à leur travail. Après 1990, Berlin (à d.) a modernisé ses bâtiments selon des normes d’efficacité énergétiques très strictes.

Amsterdam

Amsterdam est numéro un dans les catégories Eau et Traitement des déchets/utilisation des sols. Alors que la consommation d’eau moyenne des 30 villes étudiées est supérieure à 100 m3 par an et par habitant, les habitants de la capitale néerlandaise se contentent de 53 m3. Ce chiffre s’explique essentiellement par un très faible taux de fuites, les pertes sur le réseau de distribution d’eau potable ne représentant que 3,5 %. Des compteurs d’eau individuels incitent également les habitants à l’économie. En matière de traitement des déchets et d’utilisation des sols, Amsterdam peut être fière de son taux de recyclage élevé. 43 % des déchets communaux, soit deux fois plus que la moyenne européenne, sont suffisamment d’énergie pour alimenter 75 % des foyers de la ville. Seulement 1 % des déchets sont mis à la décharge.

Vilnius

Vilnius obtient le meilleur score dans la catégorie Air. La capitale lituanienne, qui se distingue par ses très faibles émanations de gaz d’échappement et autres émissions, met par ailleurs l’accent sur le développement des espaces verts et boisés à l’intérieur et à la périphérie de la ville. Ce résultat est favorisé par la taille relativement modeste de Vilnius et la faible présence d’industries lourdes.


Conscience environnementale

La plupart des grandes villes européennes sont déjà leaders en matière de performance environnementale. La quasi-totalité des 30 villes étudiées, qui rassemblent au total quelque 75 millions d’habitants, affichent des émissions moyennes de CO2 de 5,3 tonnes par habitant, un chiffre largement inférieur aux 8,5 tonnes produites en moyenne dans l’UE. La meilleure ville, Oslo, émet seulement 2,2 tonnes de CO2 par habitant et par an. La conscience environnementale est par ailleurs en hausse. Sur les 30 villes étudiées, 26 ont développé leur propre programme environnemental et la moitié s’est fixé des objectifs de réduction de CO2 concrets et réalisables. Copenhague entend ainsi devenir entièrement carboneutre d’ici 2025 et Stockholm d’ici 2050.

Il reste néanmoins de grands défis à relever. Les énergies renouvelables ne contribuent en moyenne qu’à hauteur de 7 % à l’approvisionnement en énergie, un pourcentage très éloigné de l’objectif de 20 % fixé par l’UE pour 2020. Moins de 20 % des déchets produits par les villes sont actuellement recyclés, et un litre d’eau sur quatre est perdu en raison de fuites dans les canalisations.

L’un des indicateurs déterminants dans le classement d’une ville est incontestablement sa richesse. Parmi les villes figurant au « top 10 » de l’Index, neuf ont un produit intérieur brut (PIB) supérieur à la moyenne. Ces villes disposent non seulement d’infrastructures meilleures et plus respectueuses de l’environnement, mais poursuivent aussi des objectifs plus ambitieux en matière de protection du climat et de l’environnement. Un résultat d’autant plus surprenant que la richesse et le développement étaient jusqu’ici plus volontiers associés à un haut niveau d’émissions et de consommation d’énergie.


Sensibiliser la population

Mais l’argent n’est pas tout, comme en témoignent avec force Berlin et Vilnius. Bien qu’affichant le neuvième PIB le plus faible de l’ensemble des 30 villes, Berlin termine huitième au classement général, devant d’autres métropoles plus riches comme Paris, Londres et Madrid. Dans la catégorie Bâtiments, la capitale allemande partage même la première place avec Stockholm. Quant à Vilnius, sixième ville la moins riche du classement, elle devance toutes les autres villes de l’Index en matière de qualité de l’air et se positionne en tête des villes est-européennes en décrochant la 13e place au classement général.

Outre la richesse, l’engagement de la population a également un impact positif sur l’écocompatibilité des villes. Plus les habitants s’impliquent, plus le rang de la ville est élevé dans l’Index. Ce constat incite à mieux associer les populations à la protection du climat et de l’environnement, en encourageant notamment une meilleure participation citoyenne. L’initiative « Quartier durable » lancée à Bruxelles relève de cette volonté. Les habitants sont invités à développer des projets verts pour leur quartier. Les meilleurs reçoivent le soutien technique et financier de la ville.

La sensibilisation aux questions de l’environnement et du climat et l’information sont aussi des éléments incontournables de la lutte contre le changement climatique. « Nombre de décisionnaires n’ont pas encore pris conscience de l’intérêt financier d’un investissement dans des technologies à haute efficacité énergétique », explique Stefan Denig. Isolation de bâtiments, lampes basse consommation, systèmes de gestion technique efficaces – la plupart de ces technologies exigent certes un investissement initial plus important, mais sont rentabilisées tout au long du cycle de vie du produit par des coûts énergétiques plus faibles. « De plus, si tous les habitants d’une ville changent leur comportement quotidien, et utilisent les transports publics, économisent l’eau et l’énergie ou achètent vert, ils feront avancer les choses plus rapidement que ne pourront le faire les réglementations municipales les plus strictes. »

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Auteur : Karen Stelzner