Des artères vertes

New York 2030. Le système de transport de la ville a été entièrement modernisé. De nombreux habitants délaissent désormais leur voiture, ce qui a permis de réduire sensiblement les émissions polluantes. Le journaliste indien Mahesh Devgan, qui réalise un sujet sur ce projet exemplaire de mobilité urbaine, écrit à un vieil ami pour lui faire part de ses découvertes.

Cher Gajendra,

Je suis enfin dans la ville que j’ai toujours rêvé de visiter. Comme promis, je t’écrirai chaque jour pour te faire partager ma fascination pour New York. Tu sais que l’objectif de mon voyage était de découvrir l’un des systèmes de transport les plus modernes au monde afin d’écrire un article pour le Digital Times of Rajasthan. Nous avons passé tous les deux de nombreuses soirées à discuter des politiques de transport, cherchant des moyens de rationaliser la circulation et de réduire ainsi la pollution dans nos villes et dans les grandes métropoles du monde entier qui souffrent d’une saturation chronique.

New York 2030

J’ai fini par trouver une réponse ici. Malgré le peu d’espace épargné par les structures urbaines, les transports en commun de New York sont un modèle de confort, de rapidité et de sécurité. Au point que rares sont les habitants qui prennent encore le volant. Les émissions polluantes ont par conséquent sensiblement diminué. Étonnamment, l’économie en a également été fortement stimulée. En effet, l’argent qui n’est plus englouti dans le budget voiture est redirigé vers d’autres biens de consommation. Tu te demandes sûrement comment tout cela a pu arriver. Eh bien, je vais te révéler ce que j’ai découvert aujourd’hui au travers de mes entretiens avec des représentants de la municipalité. Commençons par le métro, qui m’a amené ce matin jusqu’au siège de la Régie des transports urbains de la ville de New York. Le réseau du métro a 125 ans et accuse parfois son âge, malgré sa modernisation. Mais tout ce qui compte, c’est qu’il fonctionne. Les nouvelles rames tournent comme des horloges, même à pleine vitesse, et restent agréables malgré la chaleur torride qui règne à l’extérieur. Un luxe dont j’aimerais bénéficier en Inde ! Les rames ont toutes fait l’objet d’une rénovation et leur bilan énergétique a été amélioré, notamment grâce à la récupération de l’énergie de freinage. Une partie de cette énergie alimente le système de climatisation, l’excédent étant réinjecté dans le réseau électrique. Les économies ainsi réalisées permettraient même de couvrir les besoins énergétiques d’une petite ville.

Pour compléter le métro, les autorités ont construit une boucle souterraine de transport rapide reliant tous les quartiers de la ville. Les rames concernées font deux arrêts maximum dans chaque arrondissement, ce qui leur permet de parcourir d’énormes distances en un temps record, bien plus rapidement qu’une voiture. Ainsi, un trajet de Brooklyn au Bronx ou de Manhattan à l’aéroport dure moins d’un quart d’heure.

Le réseau ferroviaire à haute vitesse est également remarquable. Depuis l’expansion du réseau longue distance au cours des dix dernières années, des trains à grande vitesse relient New York à de nombreuses zones métropolitaines, directement à partir de la gare Grand Central Terminal, qui a été dotée à cette fin de nouvelles plateformes souterraines. Ces trains constituent une excellente alternative aux liaisons aériennes. Si on tient compte du trajet jusqu’à l’aéroport, du temps nécessaire à l’enregistrement et de l’attente avant l’embarquement, ces bolides du rail à faibles émissions sont souvent bien plus rapides et meilleur marché que l’avion.

Il a même fallu revoir à la hausse la fréquence des trains, qui étaient systématiquement complets, pour pouvoir faire face à la demande croissante. Aujourd’hui, des systèmes de localisation par satellite enregistrent la position de chaque train à grande vitesse au mètre près. Des dispositifs intégrés d’aide à la conduite permettent de prévoir et d’optimiser la consommation d’énergie tout en améliorant la sécurité. Le succès est tel que la ville utilise également des variantes pour le métro classique et la boucle de transport rapide. Le réseau satellitaire est déployé au moyen de « pseudolites », qui comprennent des antennes radio, des récepteurs et des lignes en fibre de verre.

Les autorités municipales se sont également penchées sur le trafic routier. L’une des principales modifications concerne l’introduction d’un système de péage par satellite qui comptabilise automatiquement le nombre de kilomètres parcourus par les voitures et camions et calcule le montant dû par chacun d’eux. En plus d’inciter les personnes à utiliser les transports publics, ce système génère des revenus qui sont réinvestis dans la protection du climat et de l’environnement. Ces dernières années, l’intégralité de la flotte de bus et de taxis a été remplacée par des dizaines de milliers de véhicules électriques. L’air est désormais incroyablement pur !

Après 250 kilomètres, les chauffeurs doivent recharger les batteries de leur taxi. Ils peuvent à cet effet se rendre dans une station dédiée ultra-rapide, mais onéreuse, où il leur suffira de patienter dix minutes, ou raccorder leur véhicule au réseau électrique et en profiter pour faire une pause. L’excédent d’électricité des batteries peut également être réinjecté dans le réseau contre rémunération. Pour les particuliers, cette source de revenus n’est pas négligeable dans la mesure où leur voiture peut généralement être connectée au réseau 22 heures par jour. Leurs gains peuvent se monter à 1000 $ par an s’ils mettent leur véhicule à disposition en tant qu’unité de stockage d’énergie. Les compagnies d’électricité ont en effet besoin d’unités de stockage intermédiaires pour intégrer des sources d’énergie fluctuantes, telles que les parcs solaires ou éoliens. Grâce à cette technologie, plusieurs centrales au charbon obsolètes ont déjà pu être mises hors service autour de la ville.

Je n’ai jamais effectué un trajet en taxi aussi confortable. Un chauffeur m’a confié que c’était dû aux moteurs montés sur moyeu, équipant chacune des quatre roues du taxi électrique. Cette innovation ouvre de nouvelles perspectives en matière de conception en libérant un espace confortable dans l’habitacle.

Je vais être obligé de te laisser, je t’écris du terminal Internet du taxi électrique qui m’a conduit de Manhattan à South Richmond Hill, dans Brooklyn, bien plus rapidement que je ne le pensais. En 19 minutes seulement, malgré l’heure de pointe ! Je suis invité à dîner chez mon cousin Ajith, où j’espère déguster un délicieux matar paneer ! Je te ferai part demain de mes toutes dernières impressions sur cette ville passionnante.

Amicalement, Mahesh.

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Auteur : Sebastian Webel