Bien chez soi

Dans le cadre d’un projet collaboratif baptisé « Smart Senior », les chercheurs de Siemens développent des technologies qui facilitent le maintien des personnes âgées à domicile en toute sécurité.

Berlin 2020. Malgré ses 80 ans et ses légers troubles cardiovasculaires, Louise Müller ne souhaite pas être placée en maison de retraite. Soucieuse de sa sécurité, elle a donc opté pour un bracelet truffé de capteurs qui assure le suivi de ses signes vitaux et affiche les données médicales sur l’écran de l’appareil. Une puce sans fil transmet les informations au boîtier de communication, le Med-I-Box, qui les transfère via Internet au centre de télémédecine de l’hôpital de la Charité. En cas d’urgence, Louise est immédiatement prise en charge. De plus, elle n’a pas la sensation d’être sous surveillance et en oublie presque son équipement car tout est entièrement automatique.

Techniquement, un tel système est parfaitement réalisable, bien qu’il n’en existe encore aucun qui associe ces différentes fonctionnalités. Et c’est justement l’objectif du projet   « Smart Senior – des services intelligents pour les séniors », auquel participent des experts de Siemens Corporate Technology (CT), à Berlin et Munich. Avec un budget qui s’étale sur la période 2009 à 2012, le projet est financé par le ministère fédéral allemand de la Formation et de la Recherche à hauteur de 25 millions d’euros et par des fonds privés de partenaires industriels d’un montant de 18 millions d’euros, dont 5 apportés par Siemens.

Un pas de plus vers la télémédecine

Des personnes en bonne santé aux patients sous dialyse ou souffrant de douleur chronique, le public ciblé est très varié. En coopération avec Siemens et d’autres participants, Daniel Reznik, responsable du développement matériel chez CT à Berlin, travaille à la mise au point d’appareils pouvant être combinés en fonction des maladies. Les premiers prototypes devraient être prêts mi-2011. L’un deux, sous forme de bracelet, permettra de localiser son porteur, à son domicile ou, via un smart phone, en déplacement. Son capteur, capable de mesurer l’accélération, consigne les mouvements classiques d’une personne. Les données non médicales sont mémorisées dans le nœud de communication – le boîtier d’assistance ambiante (AAL, Ambient Assisted Living) – auquel le bracelet est connecté en permanence via WLAN. Le système peut ainsi détecter un évanouissement s’il ne perçoit pas les micromouvements habituels des bras.

Chez CT, à Munich, les développeurs élaborent une plateforme de capteurs intégrant un capteur de position, un écran OLED et un processeur WLAN sans fil. « Nous exploitons une norme sans fil à très haute efficacité énergétique. La puce est programmée pour ne s’activer que pendant quelques millisecondes lors de la transmission des signes     vitaux », indique le Dr Asa MacWilliams, qui supervise le développement logiciel. Pour la surveillance des patients souffrant de douleur chronique, l’appareil de poignet est associé à un saturomètre qui mesure la température et le pouls, mais aussi l’oxygénation sanguine. Les chercheurs de CT, à Berlin, conçoivent aux fins de cette application un « pansement intelligent » placé sur le bras gauche qui consiste en un film souple renfermant un émetteur-récepteur optique ainsi qu’un circuit électronique d’évaluation des données.

L’équipe Siemens de Berlin planche également sur des algorithmes de traitement et de transmission des données. Le pouls est, par exemple, transmis du pansement intelligent au bracelet grâce à la conductivité du corps. « La résistivité élevée de la peau limite la portée, mais les données peuvent néanmoins être transférées à bas débit du bras jusqu’au poignet », précise Stefan Nerreter, expert en optoélectronique. Cette technique est plus simple et plus sûre que le recours au WLAN.

Parfaite sécurité des informations

Les données personnelles doivent naturellement être protégées contre tout accès non autorisé. « Nous développons une architecture de sécurité complète qui assure la protection des informations des capteurs jusqu’aux noeuds de communication et du réseau local du domicile jusqu’aux serveurs du centre de télémédecine », affirme le Dr Fabienne Waidelich de CT, à Munich, responsable de la sécurité des données du système. L’accès à ces dernières est strictement réglementé et consigné. L’objectif est de collecter uniquement les données indispensables et de garantir que tous les utilisateurs conservent à tout moment le contrôle de leurs mesures médicales.

Les appareils se doivent en outre d’être intuitifs. « Les interfaces utilisateur sont homogènes et conçues autour des besoins spécifiques des utilisateurs », commente le Dr Ines Steinke, spécialiste en utilisabilité, qui privilégie les concepts multimodaux. En cas d’urgence, par exemple, l’utilisateur peut demander de l’aide soit via le bouton dédié de son bracelet, soit en contactant directement le centre de télémédecine, son smart phone faisant alors office de système mains-libres. Ces technologies, y compris le transfert des données vers l’hôpital de la Charité de Berlin, seront testées par des étudiants à l’occasion d’une démonstration de laboratoire organisée par CT en 2011, ainsi que par des séniors en bonne santé, dans 35 logements appartenant à Gewoba, une société de gestion immobilière de Potsdam.

Les experts sont persuadés que, dans 20 ans, les personnes atteintes de maladies chroniques ne pourront pas se passer de ces technologies. Quasiment invisibles, ces systèmes favoriseront l’autonomie, la mobilité, la sécurité et le maintien à domicile des séniors.

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Auteur : Nikola Wohllaib